Réflexions et propos
Merci à Tom et Julio qui ont crée cet espace pour que je puisse venir vous livrer en toute simplicité quelques réflexions sur l'esprit de l'Aïkido. Tout ce qui est écrit ici l'est sans prétention aucune. Je le dois à mon père spirituel, Maître André Nocquet. Il est dans mon coeur. Je tiens à rendre un profond hommage à la qualité de son enseignement.
Jean Pierre.
Le défi de Oragushi | 2010-03-06 01:54:29
Il était courant dans les temps anciens que des rônins à la recherche d’un Maître lancent des défis au Maître d’un ryu. À moins que ce ne soit un pratiquant d’une école qui voulait montrer la supériorité de son école sur une autre ou la sienne propre. Au début du vingtième siècle, cette coutume persistait encore, et Maître Ueshiba du fait de sa renommée fut de nombreuses fois défié. Il tentait la plupart du temps de dissuader l’auteur du défi, car il considérait ce genre de chose comme futile.
Un jour, il vit arriver dans son dojo un jeune homme impétueux nommé Oragushi. Celui-ci venait de remporter le championnat universitaire de boxe du Japon. Tout auréolé de sa fraîche couronne, il voulait lui apporter un lustre supplémentaire en défiant ce Maître célèbre. Oragushi dit à Maître Ueshiba qu’il souhaitait faire un test avec lui.
- « C’est inutile, dit le Maître, cela ne prouvera rien ! »
- « Comment ça inutile ? Auriez-vous peur ? »
- « Non, je crois tout simplement que ce test est sans intérêt. »
- « Je ne quitterai pas ce dojo avant que vous ayez accepté ! »
Devant l’insistance de son interlocuteur, Maître Ueshiba finit par accepter un test d’une durée de deux minutes. Les deux hommes se mirent face à face et Oragushi se rua sur le Maître en faisant pleuvoir sur lui une ruée de coups. Maître Ueshiba, tranquillement les esquiva tous du premier au dernier, et au bout des deux minutes dit :
- « Vous voyez, j’avais raison, tout cela ne sert à rien. »
- « Non, non, je veux continuer. »
Maître Ueshiba face à cet entêté accepta de disputer une deuxième reprise de deux minutes qui se déroula exactement de la même manière. Oragushi, bouillonnant d’énergie réclama une troisième reprise.
- « Ainsi dit le Maître vous ne voulez pas comprendre ? Et bien partons pour une autre reprise. »
En revanche dans cette reprise, Oragushi ne donna qu’un coup. Maître Ueshiba se mit de côté et porta un imperceptible atemi sur le coude de son agresseur qui se brisa net. Ce qui mit fin au test. Oragushi avait compris.
Champion du Japon | 2010-02-27 09:53:29
Maître Nocquet : « On peut soit rester à la surface des choses soit les pénétrer en profondeur. Si vous apprenez un grand nombre de techniques, vous aurez une grande connaissance de l’Aïkido. Mais cette connaissance restera superficielle. En revanche si vous connaissez peu de techniques, mais que vous les pratiquez de façon intensive, votre connaissance sera une connaissance en profondeur. »
Pour illustrer cette phrase, je voudrais vous raconter l’histoire suivante :
C’était il y a bien longtemps. Il y avait un jeune garçon qui adorait le judo mais il était très pauvre. Il aurait aimé participer aux championnats du Japon de judo, mais il n’avait pas les moyens de se payer les cours. Il en parla à un Maître qui lui dit : « Tu aimes le Judo, tu voudrais devenir champion du Japon, et tu ne peux pas te payer les cours ? Eh bien va dans la forêt, choisis un arbre grand et fort, appuie tes deux mains contre lui et frappe le du plat de ton pied droit pendant trois heures, sans interruption. Pratique ainsi tous les jours jusqu’à la date du championnat.» C’est ce que fit ce jeune garçon, avec détermination et assiduité, tous les jours pendant les six mois qui précédèrent la compétition. Le jour venu, il alla s’inscrire aux championnats du Japon, et se présenta pour son premier combat. Il salua son adversaire, s’approcha de lui, le saisit des deux mains aux épaules, et lui décocha un incroyable balayage du pied droit : de ashi baraï. « Ippon ! » cria l’arbitre. Premier combat gagné en 5 secondes. Notre jeune garçon se présenta à son deuxième combat qui se déroula de la même manière, et de combat en combat il se retrouva en finale qu’il gagna sur ippon en plaçant la seule technique qu’il connaissait : de ashi baraï.
Ce qu’a fait ce garçon peut nous servir d’exemple. Il a eu l’attitude parfaite d’un bon pratiquant. D’abord il a fait une confiance totale à son Maître, sans douter de sa parole, ensuite il a pratiqué sans état d’âme, sans parler, sans penser, avec constance et volonté. Et jour après jour, la technique est entrée en lui.
Cela me rappelle une autre histoire un peu moins noble, mais sur le même thème. Dans mes débuts d’aïkido au stage d’été de La Baule, il y avait deux inséparables acolytes, L. et J.F. qui tous les soirs sortaient en boîte et systématiquement cherchaient la bagarre pour tester leur aïkido. Et invariablement ils passaient la même technique : Iriminage pour J.F. et koshi nage pour L. Je vous accorde tout à fait que, sur le plan de l’esprit on pourrait trouver à redire à propose de cette anecdote. Ceci étant, nos deux compères étaient deux garçons adorables, bons vivants, et pas tristes !
L’aïkido est il adapté aux adultes ? | 2010-02-19 17:27:09
Il y a bien sûr de la provocation dans cette question. Toutefois on peut raisonnablement s’interroger sur la différence de réceptivité entre les enfants et les adultes dans un cours d’aïkido.
Contrairement aux adultes, les enfants ne sont pas dans le doute, dans l’intellectualisation, dans le questionnement. Ils sont dans la confiance totale, absolue envers le professeur. Et de ce fait l’enseignement est efficace. Je me souviens de ce que Maître Nocquet ne cessait de nous dire : « L’élève doit être dans un état d’ouverture totale face à l’enseignement, ouverture du cœur et de l’esprit. C’est à ce prix que l’enseignement se transmet efficacement. »
« L’élève doit se laisser imprégner par le Maître »
Je me rappelle cette anecdote : Je voulais faire passer aux enfants cette idée que l’on est prisonnier de ce que l’on possède. Je demande donc à mon partenaire de me saisir le poignet, et de tenir fort. De mon côté, je garde la main grande ouverte, puis leur pose la question :
- Qui est prisonnier, lui ou moi ?
Et tous en cœur de me répondre :
- Lui !
C’était la bonne réponse, mais je sentais que leur explication n’était pas celle que j’attendais. Je marque donc mon étonnement et leur demande :
- Pourquoi lui ? C’est lui qui me tient !
- Non ! Non ! C’est lui qui est prisonnier !
- Mais pourquoi donc ?
- Parce que tu es le professeur !
Délicieuse réponse enfantine, mais qui traduit toute la confiance qui est donnée au professeur. Je me serais fait enchaîner, pieds et poings liés et enfermer à double tour dans une malle, que pas un n’aurait douté que je puisse me libérer.
Cet état d’esprit dans lequel se place l’enfant face à l’enseignement contribue à lui donner une grande confiance d’où découle l’efficacité. Si le professeur montre ce mouvement c’est qu’il est efficace, et si je dois le placer en cas d’agression il sera efficace. On rejoint cette manière de percevoir le mouvement dont nous parlait Maître Nocquet dans ses cours : « Avant que l’homme ne m’attaque, je le visualise déjà au sol. Avant même qu’il ne commence à m’attaquer il est déjà vaincu. » Lorsque Chloé marcha droit vers le plus grand et le plus fort de la bande lorsqu’elle fut attaquée (voir article antérieur), il n’y avait aucune place pour le doute dans son esprit.
Si je peux donc me permettre de donner un conseil aux adultes c’est le suivant : N’approchez pas l’aïkido avec votre tête mais avec votre cœur. Ne laissez pas de place au doute. Si vous doutez, l’échec ne tardera pas. Gardez au fond des yeux cet émerveillement que l’on trouve dans le regard des enfants. Travaillez sans but, jouez, prenez du plaisir à pratiquer. Quel que soit votre niveau en aïkido. C’est le meilleur moyen de progresser.
L’aïkido est-il adapté aux enfants ? | 2010-02-13 08:56:12
Voilà une question qui est souvent posée dans le milieu de l’aïkido. Cette question est en général posée par des enseignants qui n’ont pas de cours enfants. Je pense que ceux qui enseignent aux enfants ne se posent même pas la question. Je vais même encore plus loin. Quand je vois la magie qui se passe dans les cours enfants, la question que j’ai envie de poser est :
« L’Aïkido est il adapté aux adultes ? »
Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas enseigner aux enfants comme aux adultes, en particulier sur le plan technique. Les mouvements de contention articulaire (kote gaeshi, nikyo, entre autres) doivent être supprimés ou adaptés, afin de ne pas apporter de lésions aux jeunes articulations qui sont en phase de croissance. Le kote gaeshi, par exemple, peut être abordé en le réalisant d’une main, en mettant l’accent sur le déséquilibre, mais sans porter la technique. En revanche, tous les mouvements style « kokyu nage » sont excellents ainsi que les randoris.
Les cours doivent être adaptés en fonction de l’âge des enfants. Pour les très jeunes, par exemple, il faudra mettre l’accent sur le côté ludique. Quand ils sont un peu plus grands, il ne faut pas hésiter, dans un discours adapté à leur âge, à les initier à l’esprit de l’aïkido, ce qui contribue à leur apporter des valeurs solides et des bons points de repère qui complètent l’éducation que leur donne leurs parents. L’étiquette, en particulier, leur apprend le respect des autres et également à savoir se positionner correctement dans un groupe. Je me souviens du jeune Julien, garçon à l’énergie débordante, qui avait beaucoup de mal à rester immobile en silence quand il était en seiza, et avec lequel il fallait développer des trésors d’imagination pour le faire se tenir calme. Un jour sa maman vint me dire qu’ils déménageaient en Bretagne et qu’elle essayerait de lui trouver un club là-bas. Quelque temps après, je reçus un coup de fil : « Nous avons bien trouvé un club, mais ça n’a pas plu à Julien, car il n’y avait pas assez de discipline. » Cette phrase dans la bouche de mon cher troublion avait de quoi faire sourire, mais était significative du fait que les enfants sont demandeurs de points de repère.
Un retour que j’ai souvent de la part des parents est qu’après quelques mois d’aïkido, les résultats à l’école s’améliorent. Ce n’est guère étonnant, car sur le tatami les enfants prennent confiance en eux, et bien souvent les échecs scolaires sont dus à un manque de confiance en soi. Ils y apprennent aussi la concentration et développent leurs capacités d’écoute et d’observation, autant de qualités qui leur seront utiles en classe.
Revenons sur les cours adaptés à l’âge des enfants. Quelquefois le nombre d’enfants dans un club n’est pas suffisamment important pour avoir plusieurs cours par tranches d’âge. J’ai vécu cette situation dans un club il y a quelques années. Il y avait des enfants de 6 ans jusqu’à 14 ans. Nous avons profité de cette disparité pour leur faire assimiler la notion de famille et d’entre aide, les plus grands prenant en charge les plus petits. L’idée est très bien passée, même presque trop. C’était touchant de voir des grands gaillards aller chercher spontanément les tout petits pour travailler avec eux pendant une heure complète, en oubliant de travailler avec des partenaires de leur niveau. Ce type de cours reste quand même plus difficile à gérer que des cours par tranche d’âge.
Histoire de Chloé (2) | 2010-02-06 05:24:33
L’anecdote que je vais vous narrer s’est passée en 1989. Chloé était une jeune fille de 12 ans qui était au cours des enfants. Elle était ceinture verte, et pratiquait d’une manière assez tonique, et encore, le terme est faible... Elle aimait en particulier les randoris qui se rapprochaient de la réalité. Un jour, je la vois arriver au cours et se diriger vers moi avec un large sourire.
- Tu m’as l’air de bien bonne humeur Chloé.
- Oui, Jean-Pierre, je me suis fais attaquer à la sortie du collège.
- Ah bon ? J’imagine en voyant ton sourire que cela s’est bien passé. Comment t’a-t-il attaqué ?
- Ne dis pas « il » au singulier, mais au pluriel.
- Tu veux dire qu’ils étaient deux ? Tu t’en es bien tirée, bravo !
- Non ils n’étaient pas deux.
- Trois ? Dis donc c’est vraiment super que tu les aies maîtrisés.
- Non, pas trois, plus.
À ce moment-là, je commence à me poser des questions ! Comment a-t-elle pu bien faire, à 12 ans pour se défaire de plus de 3 agresseurs ?
- Mais alors, combien étaient-ils ?
- Sept, et des plus grands que moi, en plus !
-………… !
Je reste interloqué. J’imagine la scène, et ai bien du mal à imaginer ce qu’elle a pu faire contre sept…
- Sept ! Mais qu’est-ce que tu as fait Chloé ?
Et d’une voix angélique elle me répond comme si j’avais posé une question idiote :
- Mais, exactement ce que tu nous a dit en cours Jean-Pierre !
- Et qu’est-ce que j’ai dit ? (Là je fouille dans mes souvenir pour essayer de me souvenir ce que j’ai bien pu dire qui puisse la tirer de là !)
- À savoir ?
- Eh bien, j’ai marché tout droit sans baisser les yeux vers le plus grand, le plus fort de la bande, et je lui ai fichu un grand coup de genoux entre les jambes ! Il est tombé raide et tous les autres sont partis en courant, exactement ce que tu avais dit !
Connaissant Chloé, j’imagine que le gaillard en question se tient encore l’entrejambe !
Certes cette aventure ne relève peut être pas de la plus haute spiritualité. Mais cela fait aussi partie de l’aïkido de s’adapter aux situations qui se présentent et de trouver la réponse la mieux adaptée, ce qui en l’occurrence était sans doute le cas…
Randori avec plusieurs partenaires (2) | 2010-01-30 09:26:17
Il faut différencier les randoris avec deux, des randoris avec trois ou quatre adversaires. Au-delà de quatre cela ne présente plus guère d’intérêt, si ce n’est de flatter l’ego de tori. Quand les attaquants sont trop nombreux, ils se gênent entre eux et le randori devient moins intéressant. Dans la rue, dès que les agresseurs sont plus de trois la meilleure défense est la course à pied, bien qu’il y ait d’autres stratégies possibles (voir l’histoire de Chloé que je vous conterai la semaine prochaine).
Quand on a une certaine expérience du randori, on considère que le randori à trois est plus facile que le randori à deux. La raison en est la suivante : dans un randori à deux, quand vous avez projeté un partenaire il ne vous en reste plus qu’un face à vous, ce qui paradoxalement est un handicap, car vous n’avez pas de choix, vous devez composer avec ce partenaire. Un randori avec deux partenaires est donc une série de techniques ou d’esquives que l’on place alternativement sur chacun des partenaires sans avoir énormément d’opportunités. En revanche, dès qu’il y a plus de deux partenaires, quand vous en avez projeté un, vous en avez plusieurs face à vous. Vous avez donc le choix de celui vers lequel vous allez vous diriger. On pourrait imaginer que dans un randori contre trois, le professeur vous donne deux partenaires que vous sentez bien et un troisième qui ne vous inspire guère. Eh bien, si vous gérez bien vos déplacements, vous pouvez faire tout votre randori sans rencontrer ce dernier.
Les principes exposés pour le randori contre un restent valables pour le randori contre plusieurs. En particulier en ce qui concerne les esquives du début. Il est plus difficile que dans un randori contre un de placer la première technique, car il faut tenir compte de la position des autres attaquants. Une règle d’or est de ne jamais terminer une projection en tournant le dos à l’attaque suivante. On doit constamment être en situation d’accueil des attaques. Dès que l’on peut, on essaye donc de placer une technique, ce qui vous donne le temps pendant que le premier uke chute de projeter le suivant. C’est pourquoi dans un randori avec deux partenaires, il est dommage lorsqu’on a réussi à projeter un partenaire de revenir ensuite aux esquives. Avec plus de partenaires, on peut à tout moment être amené à faire une esquive pour choisir l’attaque suivante, comme expliqué plus haut. Une bonne manière aussi de contrôler le rythme du randori est de projeter un partenaire de façon à ce qu’il gêne les attaques suivantes, et à la limite de s’en servir pour se protéger, sans pour autant casser le rythme.
Randori avec plusieurs partenaires (1) | 2010-01-25 10:12:27
Maître Nocquet pour nous expliquer le randori avec plusieurs partenaires (vous remarquerez la subtilité : il s’agit de randori « avec » et non « contre ») nous citait souvent la phrase suivante :
« Un c’est comme mille, mille c’est comme un. »
Dans le randori avec plusieurs partenaires, il faut les appréhender comme un seul corps, une seule énergie, ne pas concentrer son attention sur un seul, mais constamment garder la relation avec l’ensemble des partenaires, et en particulier gérer la position qu’ils ont les uns par rapport aux autres. Quand vous projetez un partenaire, vous devez parfaitement savoir où se situent les autres pour ne pas être surpris par les attaques à venir. Essayez, en particulier de les avoir toujours dans votre champ visuel. De même qu’un skieur qui fait un slalom, quand il passe une porte, a son regard fixé sur les portes suivantes, quand vous projetez un partenaire, vous devez déjà vous préparer pour le suivant. Se fixer sur un partenaire, c’est réaliser une stagnation qui va vous mettre en danger. Faites votre randori comme le vent ramasse les feuilles en automne : il les balaye toutes ensemble. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille projeter nécessairement les partenaires tous ensemble, mais les contrôler dans leur ensemble. La phrase citée plus haut peut aussi être interprétée au niveau émotionnel. Le fait d’avoir plusieurs adversaires ne doit pas nous déstabiliser. De même, faire une conférence devant 1000 personnes, ou parler à une seule ne doit rien changer à notre niveau émotionnel.
Le Maître avait aussi une comparaison fort intéressante avec la roue d’un vélo qui tourne autour de son axe:
« Dans le randori avec plusieurs partenaires, considérez que vous êtes le moyeux de la roue, et les agresseurs les rayons. La roue tourne correctement parce que le moyeu reste au centre. Ne sortez pas de votre centre pour aller bloquer un des rayons qui tourne, car alors vous serez aussitôt frappé successivement par tous les autres rayons. »
Un randori doit donc être fluide, sans blocage. Si l’on arrête une attaque, on si l’on reste trop longtemps sur un partenaire, alors on est touché par les autres. C’est ce qu’il faut comprendre dans cette explication, et non pas, bien sûr, qu’il faille dans un randori rester au centre des attaques sans se mouvoir.
Randori avec un partenaire | 2010-01-16 09:08:39
Le tout premier niveau est le randori d’esquive. On peut le pratiquer dès ses débuts en aïkido. Nous parlerons ici d’un niveau un peu plus élevé dans lequel on essaye de placer des techniques. Et qui plus est avec un partenaire qu’a priori on ne connaît pas. La bonne attitude est de se placer dans une situation d’écoute et d’accueil de l’autre qui nous permet de nous adapter à son attaque sans être surpris. Ne pas avoir d’idée préconçue, de volonté de faire tel ou tel mouvement.
Dans les quelques secondes de calme qui précèdent le salut, préparez-vous mentalement, faites le calme en vous, établissez une relation d’écoute avec uke. Au début du randori n’essayez pas de placer une technique dès la première attaque. Faites une ou deux esquives. D’abord pour prendre le rythme du partenaire, le sentir, le découvrir. Et puis aussi pour le fatiguer. Il y a une évolution dans le niveau d’énergie du partenaire tout au long du randori. Au début uke est plein, et tori vide, à la fin c’est le contraire. Tori, peu à peu, vide uke de son énergie dont les attaques perdent en puissance et qui finit épuisé, à plat sur le sol, immobilisé. Commencez donc par écouter, comme le toréador qui au début se contente d’esquiver, puis place quelles banderilles pour enfin porter l’estocade finale. Quand vous avez ces premières esquives, vous êtes en rythme avec uke, et les techniques se placeront alors plus naturellement. Quand vous l’avez projeté, restez en relation avec lui, ne lui tournez pas le dos, restez dans le rythme. Dans le même esprit, un randori ne devrait pas se terminer quand le professeur tape dans ses mains, mais au moment précis où vous le sentez, où l’opportunité se présente.
Les esquives initiales vous permettent de prendre le rythme du partenaire, essayez de respirer avec lui, de vibrer avec lui, de rentrer dans son mouvement. Ne restez pas immobile. Soyez un avec uke. Il est dynamique, soyez dynamique. Si vous êtes statique vous êtes déjà en retard avant que l’attaque soit née. Attendez l’opportunité de placer votre première technique. Pour cela il faut éviter de penser. Mettre de côté son intellect qui nous dit : « Je connais bien cette technique, j’aimerais arriver à la placer … ce serait bien que mon partenaire m’attaque yokomen… » Agir ainsi est le meilleur moyen de n’arriver à rien, car uke n’attaque jamais comme on voudrait. Donc son attaque nous surprend et nous sommes en retard par rapport à lui. Faites le vide en vous et essayer d’être un avec uke, que votre défense soit simultanée avec son attaque. Laissez venir naturellement la technique sans la choisir, laissez votre corps agir, il choisira de lui même le mouvement dans lequel vous êtes bien. Peu importe que ce soit toujours le même mouvement qui viennent. Vous n’êtes pas entrain de faire une démonstration mais d’essayer de sauver votre vie. Au moment de l’immobilisation, si possible privilégiez une immobilisation du partenaire à plat ventre. Le partenaire est beaucoup plus inefficace dans cette position que couché sur le dos, position dans laquelle il a beaucoup plus de facilités à se servir de ses bras et de ses jambes.
Réflexion sur le randori | 2010-01-08 17:30:47
Il faudrait s’entendre sur le sens de ce mot…Pour Maître Nocquet, le randori était une mise en pratique de nos connaissances dans une situation qui se rapprochait le plus possible d’une agression dans la rue. Avec lui je revendique haut et fort que l’aïkido est avant tout un état d’esprit, que c’est un art pour développer et propager la paix et l’amour dans le monde. Mais avec lui je clame également que l’aïkido ne doit pas être coupé de la réalité. Et la réalité, c’est de pouvoir faire face à une agression réelle. Ces deux aspects ne sont pas du tout contradictoires, et je rappelle aux éventuels va-t-en-guerre que l’on peut tout à fait se défendre très efficacement en respectant les principes de non violence de l’aïkido. C’est d’ailleurs ce qui fait toute la spécificité et le charme de notre discipline. Un aïkidoka n’est pas un guerrier.
Quand je regarde ce qui se pratique sur les tatamis il y a deux choses que j’ai du mal à comprendre.
La première est que très souvent la pratique du randori se fasse sur attaque imposée. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans les examens communs : on demande par exemple un randori sur attaque shomen. Allez-vous dans la rue demander à votre agresseur de vous attaquer de la manière qui vous plaît ? Imposer les attaques n’a aucun sens et dénature complètement le randori. C’est justement ce qui différencie le randori de l’étude des techniques. Les objectifs sont complètement différents dans l’étude technique et dans le travail du randori. Dans un randori on ne sait pas comment uke va attaquer, il faut donc gérer l’effet de surprise, affûter nos capacités d’adaptation. Avez-vous également remarqué qu’il y a plus de stress dans votre pratique du randori que dans l’étude des techniques ? Le randori est aussi un exercice de contrôle de notre mental et de nos émotions. Imposer les attaques réduit le randori à un exercice technique sans saveur.
La deuxième est dans certains clubs on ne commence à pratiquer le randori qu’à partir de la ceinture noire… En un mot, malheur à la ceinture verte qui se fait attaquer dans la rue. Sans parler du plaisir dont on prive les kyu en leur interdisant la pratique du randori. L’argument est que les débutants n’ont pas le bagage technique. Certes, mais il n’empêche qu’il faut permettre le plus rapidement possible à tous de pouvoir se défendre efficacement. Et il est une chose fort utile que l’on peut apprendre en cinq minutes, c’est l’esquive. Tout simplement ne pas rester face à une attaque : faire un pas sur le côté. C’est ce que je demande aux débutants du club. Je mets un point d’honneur à ce que tous mes élèves découvrent le randori dès leur première heure de pratique. Je leur donne comme partenaire une ceinture noire qui saura se mettre à leur niveau et adapter ses attaques. Accélérer si tori est à l’aise, ou ralentir s’il rencontre des difficultés. Et tout se passe très bien. D’ailleurs il n’est pas rare de les voir placer une technique qu’ils ont vue dans le cours. La seule chose que je ne leur demande pas est d’immobiliser le partenaire à la fin, car il est évident que là ils n’ont pas le bagage nécessaire.
Tous les cours de Maître Nocquet se terminaient invariablement par la pratique du randori. L’enseignement de ce Maître était incroyablement complet. Il balayait l’aïkido dans sa globalité, depuis la plus haute spiritualité, en passant par la précision et la fluidité technique, jusqu’à la mise en pratique dans des situations proches de la réalité. Pour mémoire je vous rappelle qu’en son temps il assurait les cours de défense contre couteau au sein du GIGN, troupe d’élite de lutte contre le terrorisme.
Pour conclure, on peut dire que le randori est le complément indispensable à l’étude des techniques. Il est à cette étude ce que la pratique est à la théorie. Et de plus il permet d’étudier des aspects de l’aïkido qu’on ne peut pas atteindre par le travail technique seul.
| 2009-12-19 08:41:39
Pas de réflexion pendant les fêtes de fin d’année. Je vous souhaite à tous un joyeux Noël. J’en profite également pour remercier Peter Meredith, du club de Montigny qui assure depuis deux ans les traductions des réflexions et propos en anglais. Rendez-vous ici le 8 janvier 2010 et à Hanovre le 23 Janvier sur le tatami pour ceux qui ont prévu de faire le déplacement.
