Réflexion
Jean Pierre
Il y a quelques années, dans un stage inter-fédérations, mon partenaire pour une des techniques à étudier était ceinture orange. Cette situation n’a rien d’extraordinaire, c’est non seulement courant mais même souhaitable pour la richesse des échanges. En revanche, pendant tout le temps où nous avons pratiqué ensemble, cette ceinture orange n’a cessé de m’expliquer comment faire les mouvements. On pourrait trouver curieux qu’une ceinture orange donne des conseils au 4ème dan que j’étais à l’époque.
|
|||
Le trajet dura plusieurs jours avec de nombreux arrêts et contrôles.
|
|||
Quand il fut transféré au Kommando 424 à Cologne, Le prisonnier Nocquet travailla dans une briqueterie où il chargeait dans d’interminables files de camions des monceaux de briques. Le soir il retournait sous bonne escorte au Kommando pour y manger la soupe de rutabagas.
|
|||
Maître Nocquet a fait par écrit le récit de sa captivité en Allemagne pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il m’a fait l’immense honneur de m’en remettre un exemplaire tapé à la machine de sa main. Je pense ne pas trahir sa vie privée en vous en livrant les grandes lignes.
|
|||
Maître Nocquet a œuvré tout au long de sa vie pour développer l’aïkido dans de nombreux pays européens. Parmi tous ceux-ci, il en est un dans lequel le message est particulièrement bien passé, où les liens créés furent nombreux et de qualité. Ces relations perdurent encore aujourd’hui, douze ans après la disparition du Maître. Ce pays, c’est l’Allemagne, et la raison de ce succès tient en bonne partie au vécu de Maître Nocquet. Ceci mérite quelques explications.
|
|||
Les arts martiaux ont longtemps été régis par des écoles concurrentes les unes des autres, et qui gardaient jalousement leurs techniques en leur sein. On peut le comprendre aisément, car au temps des samouraïs mieux valait que l'ennemi ne connaisse pas les spécificités de vos techniques. De même, quasiment à la même époque et pour la même raison, en France, nos mousquetaires avaient leur "botte secrète". Dans le même esprit l'aïkido au siècle dernier fut d'abord réservé, parmi les japonais, aux dignitaires de haut rang de l'armée ou du pouvoir impérial.
|
|||
|
|||
Cette tolérance, ce respect de l'autre, cet amour qui se trouve bien évidemment au cœur de chaque aïkidoka lui fait jeter un œil plus clair sur les religions, et lui permet de voir ce qui les rapproche plutôt que ce qui les sépare. Les êtres humains, du fait de leurs origines géographiques ou culturelles sont orientés vers telle où telle religion. Ce qui ne devrait pas être un problème. Les religions ne sont qu'un moyen, pas une fin en soi. Elles sont un chemin qui nous conduit à l'Ultime.
|
|||
L'aïkido nous apporte un équilibre profond, nous donne des points de repères solides pour construire notre vie. Il nous permet de trouver notre place dans le monde, nous aide dans nos rapports avec nous-mêmes et avec les autres. Grâce à lui nous nous sentons reliés à la Vie, et nous sentons sourdre en nous les réponses à des questions fondamentales qui touchent à l'essence de notre Être. Une question légitime peut alors se poser : l'aïkido est-il une religion? Ce Ki * qui nous anime, qui nous porte et nous nourrit a-t-il un rapport au Divin?
|
|||
Ce qui a été dit la semaine dernière permet alors de comprendre pourquoi un professeur d'aïkido doit rester vigilant sur la tenue des pratiquants. On rencontre parfois des personnes qui nous demandent de garder sur le tatami des signes distinctifs que leur impose leur religion. Refuser n'est en aucun cas une attitude raciste ou intolérante. Le racisme et l'intolérance sont le contraire même de l'aïkido. Refuser, c'est être ferme sur les principes énoncés la semaine dernière, principes qui sont l'essence même de l'esprit de l'aïkido.
|
|||
